18-09-2004
source: http://www.walf.sn date: 17/09/2004
Contrefaçon du billet de 10000
francs cfa : le Sénégal serait une plaque tournante du
faux-monnayage

C'est la plus rocambolesque escroquerie internationale à la
fausse monnaie révélée, dans son édition
d'hier, par le quotidien français Libération. Le
périple d'un magot bidon avec grands desseins, petits larcins et
valises bourrées de billets, a été
reconstitué par le canard français. Papier, signes de
sécurité, couleurs : la coupure était presque
parfaite, qui a dupé nombre de détecteurs bancaires et
provoqué un début de panique fiduciaire en Afrique.
L'affaire retracée par Libération (édition du
mercredi 15 septembre dernier) a démarré en avril 2002
à Dakar et Tambacounda, avec l'interpellation de plusieurs
Sénégalais de retour de France. Dans leurs bagages,
quelques faux billets de 10 000 francs Cfa. Tous viennent des foyers
africains de Paris. Le tuyau est transmis, via l'ambassade de France,
à l'Office central de répression du faux monnayage.
Immédiatement, la police judiciaire française monte une
planque et arrête une Ivoirienne sur le point de dealer 500
fausses coupures dans un foyer Sonacotra du XIVe arrondissement. C'est
ainsi que la police française remonte au fournisseur,
«S.», un Béninois de 34 ans. «Ils avaient
commencé depuis quelques semaines et distribué plusieurs
milliers de billets à des immigrés maliens ou
sénégalais», raconte un enquêteur
interrogé par la même source.
L'arnaque était simple : proposer aux habitants des foyers de
convertir leurs économies en billets de 10000 FCfa
présentés comme vrais afin de s'éviter les
commissions de la Western Union (société de transferts
internationaux de fonds) ou des bureaux de change africains. Les
coupures atterrissaient ensuite en Afrique, dans les valises de leurs
propriétaires ou de personnes de confiance chargées,
selon l'usage, d'acheminer l'argent vers les familles. Les Africains
floués ont défilé à la direction centrale
de la police judiciaire de Nanterre (France). «On a fait un
compte d'apothicaire, entendu des dizaines et des dizaines de
plaignants, raconte un policier. L'étage était rempli de
types en boubous très remontés, qui avaient vu le fruit
de plusieurs mois de travail disparaître.» 
Environ cinquante victimes ont porté plainte, aux
côtés de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de
l'Ouest, selon le quotidien français. Là où
faussaires bulgares et colombiens travaillent en euros et en dollars,
cette affaire concerne une monnaie apparemment sans histoire,
imprimée à Chamalières par la Banque de France,
note Libération. «Il est rare de voir une organisation
criminelle s'attaquer à une monnaie pas très forte comme
le Cfa, s'étonne un policier sénégalais. Dans la
zone, les gens utilisent beaucoup de liquide, les billets sont
usagés. Et la coupure visée présentait une valeur
faciale assez importante. C'était vraiment bien pensé et
bien ciblé», relève la source de Libération.
Selon un enquêteur interrogé par la même source,
près de 5 millions de faux billets de 10 000 francs Cfa, gamme
1992 auraient été imprimés au pied des Alpes
slovènes, destinés à être diffusés
dans les huit pays de l'Union économique et monétaire
ouest-africaine (Uemoa). «Une attaque sans
précédent, inédite dans toute l'Afrique»,
reconnaît dans les colonnes de Libération la Banque
centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest qui a entamé, depuis
avant-hier, le renouvellement de tous les billets de la zone
imprimés en 1992. Ce qui laisse croire que l'opération de
retrait vise à assainir la monnaie commune des huit pays membres
de l'Uemoa.
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