17-10-2004
source: http://www.01net.com
date: 14/10/2004
La contrefaçon s'attaque à l'informatique
L'imitation n'est plus réservée à la maroquinerie
italienne, aux pièces d'automobiles allemandes ou à
l'horlogerie suisse, elle s'attaque désormais aux produits
informatiques. Cartouches d'encre bradées, logiciels
professionnels à 15 euros, accessoires pour
téléphones portables à moitié prix, les
douanes françaises multiplient les saisies.
En pleine torpeur estivale, la Direction nationale du
renseignement et des enquêtes douanières a
démantelé l'un des plus gros réseaux de
contrefaçon de coques de téléphones Nokia. Au
total, 65 000 pièces ont été saisies, 6
entreprises « ayant pignon sur rue » ont été
mises en cause et les douanes estiment que plus de 700 000 imitations
avaient déjà été
écoulées. En annonçant, en juin,
une hausse de plus de 50 % des saisies d'articles contrefaits, les
douanes françaises avaient déjà tiré le
signal d'alarme. En 2003, ce sont quelque deux millions d'imitations
qui ont été interceptées à leur
arrivée en France. Et, au milieu de faux sacs Hermès et
lunettes Gucci, les douaniers ont découvert - à leur plus
grand étonnement - des cartouches d'encre, des accessoires pour
téléphones mobiles et des logiciels. «
Tout comme les cigarettes, les produits technologiques constituent sans
doute un filon d'avenir pour les contrefacteurs »,
affirme Bernard Baudoin, de la Direction générale des
douanes. Les premières tentatives d'imitation
de produits high-tech ont commencé par des accessoires anodins :
les façades (ou coques) pour téléphones mobiles,
simples à reproduire. A l'approche de chaque
événement médiatique important, les douaniers
interceptent des cargaisons de façades spécifiques : Euro
2004 de football au printemps dernier, Star Academy en cette fin
d'année, etc. Mais les faussaires ne se sont pas
arrêtés aux coques. Ils se sont emparés des
accessoires pour téléphones portables, comme les kits
mains-libres ou les batteries. Et si l'emploi d'une
coque imitée ne comporte pas de risque réel,
l'utilisation d'une batterie contrefaite n'est pas sans danger. Nokia a
été confronté l'année dernière
à plusieurs accidents causés par de vraies-fausses
batteries. Aux Pays-Bas notamment, une personne a été
blessée à la suite de l'explosion de la batterie de son
Nokia 7210.
Des contrefacteurs très réactifs et très bien
équipes
<>
Peu à peu, les contrefacteurs ont développé
leur savoir-faire, jusqu'au point de fabriquer des cartouches d'encre
ou de toner pour imprimantes. « C'est un type de
produit que l'on ne voyait pas avant et que l'on intercepte de plus en
plus souvent », confirme Bernard Baudoin. Les grandes
marques sont les plus visées, et ce sont toujours les
best-sellers qui sont attaqués. Chez Canon, ce sont
essentiellement les cartouches de toner pour imprimante laser qui sont
copiées, tandis qu'Epson dit surtout souffrir de la copie de ses
cartouches pour jet d'encre. Les douaniers
s'étonnent d'ailleurs de la réactivité des
contrefacteurs, souvent installés en Asie du Sud-Est.
« Mais la part de l'Asie tend à
décroître (62 % en 2003 contre 84 % en 2002), au profit
notamment du Maghreb », précise-t-on aux
douanes. Difficile, en revanche, de savoir qui réalise ces
contrefaçons. Tous les constructeurs assurent qu'aucun carton ne
peut s'égarer dans leurs propres usines, et qu'il est improbable
que leurs sous-traitants fabriquent un petit peu plus que ce qui leur a
été commandé. Il n'existerait donc pas de
contrefaçon « grise » : des
produits originaux vendus à moindre prix, comme des copies. A
voir. Les douanes n'ont pas les mêmes
certitudes, mais se disent plus inquiètes encore de
l'équipement de certaines usines fabriquant des
contrefaçons. Elles sont aujourd'hui dotées de machines
dernier cri, nécessitant de coûteux investissements, pour
réaliser des produits toujours plus complexes. Surtout que,
depuis quelques années, l'attrait du marché national pour
les contrefacteurs grandit. La part des marchandises saisies
destinées à la France est en forte progression, toutes
catégories confondues : 35 % en 2003 contre 19 % en 2002 et
moins de 5 % en 2001. « L'essentiel
des contrefaçons saisies, environ 40 à 45 %, sont des
marchandises en transit sur le territoire destinées à
l'Afrique, l'Amérique du Sud ou l'Europe centrale. Mais
l'Hexagone est devenu attractif pour écouler les
imitations », soulignait, lors de la
présentation des résultats de ses services, le directeur
général des douanes, François Mongin. En France,
on ne trouve pas de contrefaçons dans les chaînes de
magasins ou les grandes surfaces. Les produits copiés sont
généralement écoulés à travers des
petites boutiques indépendantes, sous forme de lots
présentés comme issus de stocks d'un magasin mis en
faillite ou d'une fin de série. A qui profite
le crime ? Difficile de le dire, même si la mafia russe est
évoquée par de nombreux interlocuteurs. >
La contrefacon des logiciels, nouvelle fraude difficile à
endiguer
C'est d'ailleurs sur des sites russes que l'on trouve une autre
forme de contrefaçon difficile à endiguer pour les
douanes : les logiciels. Ces sites qui se font connaître par des
envois massifs de publicités par mail affichent des prix
imbattables : Photoshop CS à 45 euros (habituellement vendu
à 1250 euros) ou la suite Office de Microsoft à 30 euros
(affichée en général à 700 euros dans sa
version professionnelle). Là plus question de
produits imités, il s'agit souvent de versions piratées,
dont les systèmes de protection ont été
désactivés, gravées sur CD. Ces logiciels
étant envoyés dans des plis discrets par la Poste, aux
clients qui les ont commandés, leur entrée sur le
territoire national est difficile à
détecter. Pour l'instant, tous
matériels informatiques confondus, les marques informatiques
copiées n'ont pas encore véritablement réagi. A la
suite des dommages corporels subis par certaines personnes ayant
utilisé des batteries contrefaites, Nokia a averti ses clients,
mais s'est refusé à développer des systèmes
de sécurité qui permettraient au téléphone
de distinguer les batteries certifiées des
imitations. Le japonais Nec a, lui,
décidé d'ajouter une puce aux batteries de ses appareils.
Un logiciel installé sur le téléphone
contrôle ainsi, via un système cryptographié,
l'origine de la batterie. Du côté des logiciels, les
éditeurs ont apposé des hologrammes, des certificats et
ont essayé de perfectionner les packagings, pour compliquer le
travail des faussaires.
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