25-10-2004
source: http://www.dna.fr
date: 25/10/2004
Résister aux pilleurs d'idées
L'arsenal judiciaire se renforce face à la contrefaçon.
Mais le phénomène conserve une ampleur
inquiétante, stimulé par la libre circulation des biens
et des données.
Le voyageur doté d'un minimum d'éthique est toujours
étonné de voir des touristes de pays
développés, dont nos compatriotes, se précipiter
à l'étranger sur des produits manifestement contrefaits.
Singulièrement les copies médiocres de marques ou de
modèles issus de l'industrie française... Comme si la
frénésie de posséder annihilait tout bon sens.
Des milliers d'emplois menacés
Mais chacun a pu observer ces comportements et s'en offusquer ne sert
pas à grand-chose. Il n'est d'ailleurs pas besoin de voyager au
loin pour se voir proposer de l'imitation.
Les effets destructeurs de la contrefaçon sont aujourd'hui bien
documentés, du moins en ce qui concerne les pays
d'industrialisation ancienne. Pour la France, berceau de nombreuses
marques enviées, on estime que 30 000 emplois disparaissent
chaque année en raison de la concurrence déloyale de
produits d'imitation, 200 000 pour toute l'Europe. « La
contrefaçon représentait entre 3 et 5% du commerce
mondial en 2002, entre 5 et 7% début 2004. Elle pourrait
atteindre 10% à la fin de cette année »,
écrivaient récemment Mes Lilyane Anstett-Gardea et
Florence Baujoin, avocates au barreau de Strasbourg, sous le titre
militant : « La contrefaçon, un fléau à
combattre ! ».
De son côté, l'autorité indiscutable qu'est le
Strasbourgeois Pierre Nuss, conseil en propriété
industrielle et professeur au Centre d'études internationales de
la propriété industrielle, soulignait dans une analyse
destinée aux exportateurs la nécessité de se
protéger de manière pertinente : ni trop, ni trop peu, au
bon endroit et au bon moment.
« L'actuel pays vedette est la Chine, qui fabriquerait 70% de la
contrefaçon mondiale, affirme M. Nuss. La plupart des
médicaments contrefaits sont d'origine russe, la maroquinerie
contrefaisante provient essentiellement d'Italie. La Turquie est aussi
très active dans ce domaine et, au grand bazar d'Istanbul, les
contrefaçons foisonnent ».
Le découragement des victimes
Face à la puissance des fraudeurs, la partie est-elle perdue
d'avance ? Aucun expert n'admettra pareil hypothèse même
si beaucoup mesurent le découragement des entreprises victimes.
« C'est vrai, on ne facilite pas la tâche des titulaires
des droits. Nos clients se découragent. Ils agissent parfois par
sommations, mais ça ne marche pas. Quand la marché est
inondé de 50 000 paires de fausses Puma, on ne les arrête
pas avec des sommations », explique Me Anstett-Gardea.
Active dans toute la France cette avocate spécialisée
estime que l'arsenal répressif s'est renforcé, au prix
d'une inflation de textes pour partie issus de l'application de
directives communautaires. La loi Perben II a nettement durci en 2004
les sanctions pénales et un comité permanent contre la
contrefaçon a été créé au plan
national.
Revers de la médaille, les procédures au pénal
sont lourdes et durent des années pour des résultats
aléatoires. Certains observateurs en viendraient à
soupçonner les juges de ne s'intéresser que faiblement
à ces affaires. Au civil, mais ce n'est pas propre à ce
champ contentieux, des moyens dilatoires sont mis en oeuvre. Signifier
un acte à l'étranger n'est pas simple et les
sociétés poursuivies ne se présentent tout
simplement pas...
En février 2003, une saisie spectaculaire de produits textiles
avait été opérée dans le Haut-Rhin.
L'affaire est toujours pendante.
Un univers très subtil
L'environnement juridique de la propriété intellectuelle
recèle une foule de subtilités. Il n'y a pas de gradation
dans la contrefaçon, un produit est authentique ou ne l'est pas.
En revanche, on distingue plusieurs familles : la copie conforme,
l'imitation mais aussi « les produits originaux conçus
pour certains marchés et pas d'autres, en raison de normes de
sécurité notamment ». Ainsi, le même produit
légal aux États-Unis peut être
considéré contrefaisant en Europe. « Il existe des
produits différents pour des marchés différents.
C'est aux distributeurs de vérifier. Il y a là toute une
chaîne de responsabilité que l'on ne peut pas
éluder », considère Me Anstett-Gardea.
En France, les Douanes sont mobilisées ainsi que la Direction de
la concurrence et de la répression des fraudes, depuis peu,
particulièrement quand la sécurité est en cause.
Ce qui peut être le cas avec des pièces
détachées pour automobiles d'origine douteuse ou des
jouets, voire même des textiles contenant des allergènes.
Mais l'intervention des pouvoirs publics n'exonère pas les
industriels : « La direction des Douanes peut faire des saisies
mais c'est au titulaires des droits d'initier la procédure en
justice. » 
Les experts reconnaissent travailler face à « un monde
parallèle, un monde très gris. Il y a des fausses
factures et plus on monte dans la chaîne, plus c'est opaque. On
n'hésite pas à produire de faux documents ». Face
à cela, les petites victoires donnent une grande satisfaction.
Me Anstett-Gardea donne pour exemple la décision, le 18 octobre
dernier, du tribunal de grande instance de Dijon, condamnant quatre
sociétés, dont trois françaises, à ouvrir
leurs comptes : « Cela, c'est efficace, assure l'avocate. Les
tribunaux intelligents ordonnent la communication de la
comptabilité. »
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