25-10-2004
source: http://www.ratiatum.com
date: 21/10/2004
Piratage de films : Charte FAI/Majors 2
Le 28 juillet 2004, fournisseurs d'accès à Internet et
majors de l'industrie du disque parvenaient à un accord
général de bonne conduite. C'était la signature de
la fameuse Charte, que nous décortiquions alors dans nos
colonnes. Trois mois plus tard, c'est autour du monde du cinéma
de vouloir sa Charte avec les FAI.
Sans entremise du gouvernement, fournisseurs d'accès à
Internet et représentants de l'industrie du cinéma se
sont rencontrés hier 20 octobre afin de discuter de la
très probable Charte qui verra le jour pour établir une
stratégie de substitution du piratage par la diffusion
légale de films sur Internet.
Autour de la table étaient entre autres présents
l'Association des Fournisseurs d'Accès (AFA), et l'Association
de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle (ALPA), tous deux d'accord
pour éradiquer le piratage des films par les réseaux P2P.
En tout cas officiellement. Officieusement, les intentions des FAI sont
plus subtiles. "Lancer des offres à 15 Mbit/s sans service
derrière, c'est donner des outils pour télécharger
des films", résume Frédéric Delacroix,
délégué général de l'Association de
Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle. Mais est-ce la faute aux
fournisseurs d'accès ?
Comme le souligne notre confrère Christophe Lagane sur vnunet,
"en France, Moviesystem est la seule plate-forme légale capable
de distribuer des films en ligne". Plus encore qu'en musique, l'offre
légale en matière de vidéo à la demande
(VoD) sur Internet est quasiment absente et manque cruellement de
concurrence pour dynamiser la demande. Sur le site Netcine.com de
Moviesystem (aujourd'hui propriété de Canal+), il faut
compter 4,90 euros pour visionner un film.
Grand responsable de cette situation, la "chronologie des média"
En France, sauf dérogation, il faut en attendre 6 mois
après la sortie en salle avant de pouvoir proposer un film en
vente ou en location. Puis six mois plus tard, les chaînes
cryptées comme Canal+ peuvent diffuser le film, quand les
chaînes en clair devront attendre au moins 2 ans. Le
"pay-per-view" peut être proposé 9 mois après la
sortie en salle (en réalité après l'obtention du
visa d'exploitation), alors que la vidéo à la demande
n'est pas reglementée. C'est en fait une décision du
Conseil d'Etat de 1998 qui a apporté des éclaircissements
en plaçant la VoD sur le même calendrier que la vente ou
location en vidéo. Contrairement aux Etats-Unis où le
calendrier est négocié librement entre les profesionnels,
impossible en France de proposer un service de
téléchargement vidéo sur Internet qui
concurrencerait le piratage sur la disponibilité des films.
Actuellement, il est quasi systématique de trouver une copie
d'un film sur les réseaux Peer-to-Peer le jour même de sa
sortie. Le succès des screeners démontre l'attrait du
public pour cette disponibilité immédiate, alors que la
bonne santé générale des entrées
cinéma tend à prouver que la diffusion d'un film sur une
télévision de salon ne concurrence pas l'écran
géant de la salle obscure à l'odeur de pop-corn. "Ce sera
toujours plus sympa d'aller au cinéma pour voir un film que de
le voir chez soi", concèdait cet été Michel Gomez,
délégué général de la
société civile des auteurs réalisateurs
producteurs (ARP). "Il faut revoir toute la chronologie des
médias et intégrer la VoD dedans. Déjà,
cela n'a aucun sens que les grandes chaînes gratuites comme TF1
ne puissent pas diffuser de films de moins de deux ans. Et le
problème de la VoD renforce l'idée qu'il faut tout
revoir. C'est un gros chantier et nous en discutons", précisait
t-il.
Sans aucun doute, la chronologie des média sera au centre des
débats pour la Charte FAI/Cinéma.
Les FAI deviendront en effet demain un véritable média,
diffuseur de contenus sur Internet, y compris de films. Ce sont les
premiers intéressés par la montée de la VoD.
Néanmoins, l'ARP ne veut rien précépiter. Le
casse-tête est compliqué, et ceci notamment à cause
de l'importance de Canal+ dans l'équilibre économique du
marché : "Nous ne pouvons pas déséquilibrer
l'économie de la production cinématographique. Prenons un
exemple tout simple, Canal+ finance à 25 % la production
cinéma en France. Si les films diffusés par Canal+ ont
déjà été diffusés en VoD sur les
réseaux de Wanadoo, qui voudra encore payer les 30 euros
d'abonnement à Canal+ ?". 
En clair, les fournisseurs d'accès à Internet devront
peut-être accepter de ne plus être que fournisseur de
tuyaux pour avoir demain le droit de diffuser légalement des
films attractifs. Ils devront être de véritables vecteurs
culturels, ce qui impliquera, peut-être, de financer
eux-même une partie de la création...
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