09-02-2005
source:
http://news.tf1.fr date: 14/12/2004
La défense maladroite du téléchargeur

Alain, enseignant de 28 ans, était jugé pour avoir
téléchargé 10.000 morceaux de musique sur Direct
Connect. Il a expliqué qu'il ne partageait pas ses morceaux, ce
qui n'a pas suffi à attendrir le parquet.
Celui qu'on appelait Alexis se prénomme en réalité
Alain. Timide, il fait face à un juge plaisantin, qui a parfois
l'air de prendre l'affaire comme un divertissement : Alain est entendu
au TGI de Cergy-Pontoise pour avoir téléchargé
près de 10.000 titres sur des réseaux peer-to-peer. Soit
"614 albums", comme le rappelle le président, avant de commenter
la liste des œuvres ainsi téléchargées : "Du
Springsteen, vous êtes amateur ? C'est très bien".
Astuce pour ne pas partager
Le président du tribunal se posera ainsi en néophyte
sympathique, multipliant les clins d'œil et jouant d'une
naïveté amusée face aux débats d'ordre
technique qui ont meublé les longs débats de l'audience.
Le fait d'avoir téléchargé et gravé des mp3
est assimilé à de la contrefaçon, pour laquelle
Alain risque trois ans de prison et 300.000 euros d'amende. Des peines
auxquelles Alain et son avocate pensent pouvoir échapper,
plaidant la relaxe pour exception à la copie privée :
durant toute l'audience, ils prétendront qu'il n'y avait pas eu
d'échange, qu'Alain a pris des fichiers, mais n'a "jamais mis
à disposition". "J'ai triché pour ne pas avoir à
le faire", affirme-t-il.
Ce sera son argument. Ce sera aussi par là que les parties
civiles, trois avocats représentant respectivement la Sacem, la
SCPP et la SPPF, mettront à bas sa défense. Tout tourne
autour du logiciel Direct Connect : pour avoir accès aux
serveurs ou "hub" recensés par ce logiciel, il faut prouver que
l'on a quelque chose à échanger. Sur le serveur que
fréquentait Alain sous le pseudonyme d'Altapunk, il fallait
proposer 3 Go de fichiers. Il en avait 30, mais ne les offrait pas,
explique-t-il, grâce à une astuce : une fois
connecté, il changeait une lettre dans son pseudonyme, rendant
par là-même ses fichiers inaccessibles.
Un barême
Les parties civiles se feront un plaisir de démonter cet
argument : l'avocate représentant la SACEM expliquera ainsi que
"la réciprocité et le partage sont inhérents au
peer-to-peer, et même rendus obligatoires sur Direct Connect".
Alain ayant téléchargé pendant un an, il est
impossible qu'il n'ait pas été banni des serveurs de
Direct Connect aux règles draconiennes.
Mais surtout, avance ensuite Me Ravinetti, avocat de la SCPP, "le
téléchargement en lui-même, à partir du
moment où la source est illicite, est contrefaçon" :
même s'il n'a pas mis à disposition, Alain a contrefait.
Les avocats réclameront donc des dommages et
intérêts importants. Certes, expliquent-ils, "on ne peut
pas savoir combien de fois chaque morceau
téléchargé par Alexis a ensuite été
repris". Mais ils disposent désormais d'un barême : le
prix des morceaux de musique sur les sites de
téléchargement légal dont il n'ont cessé de
faire la publicité. Un euro par titre donc : au final, elles
réclament 28.366 euros.
Où est la contrefaçon ?
Ce dont semble avoir été victime Alain, c'est d'une
mauvaise défense : le procureur lui reprochera, expliquant qu'il
se serait montré sans doute plus tolérant s'il avait
reconnu les faits, plutôt que s'appuyer sur une défense
boîteuse. Comme avant lui les parties civiles, il
répète que non, la mise à disposition n'est pas
seule à être assimilée à de la
contrefaçon : l'infraction est pour lui constituée par
"les seules fixations et reproductions". Il réclamera 1500 euros
d'amende. 
Murielle-Isabelle Cahen, l'avocate de la défense, a beau
expliquer ensuite "qu'aucun texte n'interdit le
téléchargement sur internet" et que "ce qui est interdit,
c'est la diffusion", le président du tribunal semble bien peu
convaincu. Surtout qu'elle aura été victime d'une attaque
pour le moins inédite de la part des représentants du
disque : sur son site internet, elle écrit elle-même qu'un
"internaute qui télécharge et partage des fichiers
illégaux est responsable de ses actes. Il pourra être
poursuivi pour délit de contrefaçon, recel voire
délit en bande organisée". Ils n'ont pas manqué de
le relever. Jugement le 2 février 2005.
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