10-02-2005
source: http://www.uptotech.com
date: 25/12/2004
P2P : le rôle grandissant des films sur les réseaux

A mesure que les études analysant l'ampleur du
phénomène P2P se multiplient, il paraît certain que
les films y jouent un rôle important et grandissant.
Le sondage réalisé en avril dernier par
Médiamétrie pour le compte du Centre National de la
Cinématographie (CNC) avait fait grand bruit en son temps. On y
concluait que "3 millions de pirates de films" sévissaient en
France - ou en tout cas que 3 millions d'internautes français
avaient déjà téléchargé gratuitement
des films sur l'internet. Benoît Danard, chef du service Etudes,
Statistiques et Prospective du CNC écrivait en septembre dans
les Nouveaux Dossiers de l'Audiovisuel de l'INA que "au total, les
pirates déclarent télécharger en moyenne 11 films
par mois", conduisant à penser que "la piraterie de films sur
l'internet n'est absolument plus une pratique marginale".
Une étude plus récente, menée par Cachelogic
pendant six mois auprès des FAI, conclut également que le
fait que les réseaux P2P servent essentiellement à se
procurer de la musique est un "mythe". "Dans son immense
majorité, le trafic provenant du P2P concerne des fichiers d'une
taille supérieure à 100 Mo", explique Cachelogic,
ajoutant que "chez l'un des FAI étudié, près de
30% du trafic total provenait d'un seul fichier de 600 Mo, peu de temps
après la sortie d'un gros film au cinéma...".
Une autre étude du CNC, publiée en octobre 2004 et
portant précisément sur "L'offre 'pirate' de films sur
Internet" confirme cette tendance. "36,4 % des films sortis en salles
en France entre le 1er août 2003 et le 31 juillet 2004 sont
disponibles en version française pirate sur les réseaux
P2P" y lit-on. Et malgré un petit "retard" du P2P
français, puisqu'au total "seuls 24,0 % des films
français sortis en salles sont piratés sur Internet,
contre 84,8 % des films américains", l'étude constate que
"plus d’un tiers des films piratés sur Internet sont
disponibles avant leur sortie dans les salles françaises".
En France, la disponibilité depuis peu d'un utilitaire, eD2K
History, destiné à suivre l'évolution des fichiers
les plus demandés sur le réseau eDonkey, montre
clairement un lien entre la diffusion d'un film à la
télévision et la popularité du fichier
correspondant sur le réseau P2P. Après un passage TV, les
demandes du fichier augmentent significativement, parfois d'un facteur
deux ou trois, comme le souligne Ratiatum, qui propose une
interprétation du phénomène : "Internet devient un
véritable substitut au magnétoscope" (d'autres
interprétations sont néanmoins possibles).
Tout cela amène deux constats. D'abord que le P2P n'est plus du
tout - peut-être même de moins en moins - limité
à la musique. Ensuite, et surtout, que ce ne sont pas exactement
les mêmes causes qui poussent les internautes au
téléchargement de musique et de films.
Les causes profondes du P2P, en tant que phénomène de
masse, sont probablement multiples et complexes, et nous n'en
débattrons pas ici. Tout au moins peut-on admettre, pour ce qui
concerne la musique, que le prix de vente des CD n'est pas totalement
étranger à la popularité du P2P. Curieusement, on
cite souvent un chiffre, provenant d'une étude
réalisée en 2001, selon lequel 20% des utilisateurs
continueraient à utiliser les réseaux P2P même si
les CD étaient gratuits. Souvent utilisé pour
démontrer que l'échange de fichiers musicaux en P2P
dépasse la simple logique budgétaire des consommateurs,
ce "résultat" est pourtant sujet à caution. Comme le
souligne Tariq Krim la même étude indique en effet que
"79% des utilisateurs de P2P rachèteraient des CD si leur prix
était de 1$ pièce", et si parmi les principales
motivations des utilisateurs P2P figurent au premier plan "un
accès rapide et facile" à la musique ou "l'accès
à des titres rares", plus de la moitié des utilisateurs
(59%) reconnaissent qu'ils sont motivés par le fait "que c'est
gratuit". Tariq Krim ajoute du reste que "ces données datant de
2001, il est probable que le comportement des usagers de P2P change. La
propension à payer pour un service de qualité et offrant
une grande diversité a probablement augmenté".
Voici donc une bonne nouvelle pour l'industrie musicale. Le prix de
vente d'un album au format fichier sur les différentes
plates-formes est souvent de l'ordre de 10 euros, soit 30 à 50%
moins cher que son équivalent sur un CD audio. Et l'on peut
penser qu'il suffirait de baisser encore significativement ce prix, en
bénéficiant du coût réduit de cette nouvelle
forme de distribution qui s'affranchit de tous les supports physiques,
pour enrayer une bonne part du téléchargement
illégal de musique.
Mais on ne peut pas dire la même chose des films, pour l'instant
en tout cas. "En ce qui concerne les films américains, les
copies 'pirates' apparaissent sur les réseaux P2P en moyenne 17
jours avant leur sortie en salles en France", souligne le CNC dans son
étude sur "l'offre", ajoutant "que plus de 90% des films
piratés et déjà sortis en salles, qu’ils
soient américains ou français, sont disponibles sur les
réseaux P2P avant leur sortie en DVD sur le territoire
français". On comprend alors qu'en matière de films, le
P2P n'est pas une simple aubaine financière pour les internautes
: il fournit un moyen de s'affranchir des délais imposés
par les circuits de distribution traditionnels. En
résumé, pour la musique, l'une des fortes motivations des
utilisateurs P2P, c'est la gratuité. Mais pour les films, c'est
la primeur.
Et cela est sans doute encore plus vrai pour les séries
télévisées, notamment américaines. Par
exemple, la diffusion de la 3e saison de la série "24 heures
chrono" vient de s'achever sur Canal+, et TF1 a annoncé que la
série fera partie de sa grille de programmes 2004-2005. Mais la
série est également disponible en P2P, et ce depuis
très longtemps. En fait, dès qu'un épisode est
diffusée pour la première fois sur une chaîne TV
américaine, on le retrouve dans les heures qui suivent en
téléchargement, donc plusieurs mois, voire plusieurs
années, avant leur diffusion sur une chaîne
française. 
Un autre bon exemple est la série "The Shield". Très
populaire aux Etats-Unis, cette série policière, qui pour
certains a révolutionné le genre et dont l'un des acteurs
vient d'être nominé aux Golden Globes, est diffusée
depuis mars 2002 aux Etats-Unis. La 3e saison de la série s'est
terminée en juin 2004. En France, Canal +, après avoir
diffusé la première saison à partir d'avril 2004,
a annoncé la 2e saison pour début 2005, soit exactement
deux ans après les Etats-Unis. Quant au DVD de la
première saison, il est annoncé en version
française pour février 2005, soit trois ans après
la diffusion de cette saison aux Etats-Unis. Malgré ce
décalage, on trouve sur le web plusieurs sites de fans,
francophones et bien achalandés. Ces sites ne diffusent pas de
vidéos de la série, ce qui serait illégal, mais la
lecture des forums de discussion qui s'y trouvent laisse peu de doute
quant à la capacité des fans d'attendre plusieurs
années pour avoir le droit de regarder la suite de leur
feuilleton favori. Mieux, on y trouve des fichiers audio,
enregistrés par des fans francophones, qui correspondent aux
sous-titres en français, synchronisés avec l'image
vidéo. Il va de soi que les sous-titres de la saison 3, qui n'a
donc pourtant jamais été diffusée sur aucune
chaîne française, sont également disponibles.
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent écrire des commentaires. Veuillez vous identifier ou vous enregistrer. Powered by AkoComment 1.0 beta 2! |