31-03-2005
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http://www.framasoft.net date: 25/02/2005
Sauvons Internet
Auteur: Camille Harang
Licence : GNU Free Documentation License (GNU/FDL)
version: 1.0rev3 du 25 février 2005

Les artistes ont toujours su et pu tirer pleinement parti des
bouleversements sociaux et techniques de leur époque. Marquant
souvent ainsi le début d’une nouvelle ère dans
l’histoire de l’art, et, en complicité avec le
public, dans celle de leur société. Nous nous sommes vus
à l’aube d’un tel renouveau avec
l’émergence de l’outil absolu de la communication,
le réseau Internet. Mais suite à la ruée des
startups vers leurs fameuses stock-options, dans un engouement
spéculatif aveugle, ne comprenant pas que l’Internet
n’était pas qu’un grand magasin à tout et
n’importe quoi, la bulle éclata. Emportant cruellement
avec elle tous les espoirs qu’elle nous avait fait miroiter. Et
c’est les épaules baissées que nous sombrons de
nouveau dans la morosité, le désarroi et la conjoncture.
L’histoire des Hommes et l’histoire de l’art restent
en stand-by. Et c’est dans cette atmosphère
d’incertitude, où l’on serait prêt à
accepter n’importe quoi, que l’on constate un durcissement
législatif et judiciaire inquiétant, appuyé par
les ayants droit de l’industrie du divertissement visant à
compromettre le rôle fondamental du réseau. Et c’est
en toute mauvaise foi, au mépris du bon sens et de la
liberté individuelle, que nous assistons à des tentatives
de transpositions de concepts issus d’un autre monde et
d’une autre époque, envers l’outil le plus moderne
que nous n’ayons jamais connu ni même rêvé.
Les peintres de la fin du XIXe ont vu arriver la peinture en tube,
certains y trouvèrent un usage intéressant, celui de
pouvoir peindre en extérieur. Une pratique qui donna naissance
à un mouvement majeur de l’histoire de l’art,
l’impressionnisme. À la fin des années 1950, une
bande de jeunes cinéastes en quête de fraîcheur et
de renouveau utilisent de nouveaux outils, comme la fameuse
caméra 16mm qui devint un des éléments centraux de
leur « Nouvelle Vague » de l’histoire du
cinéma. Les artistes savent s’emparer des outils de leur
époque, donnant ainsi naissance à de nouveaux mouvements,
de nouvelles idées, éléments essentiels au
dynamisme d’une société. En se débarrassant
souvent du même coup des lourdeurs du passé, de ses
traditions, institutions ou corporations.
« Nous vivons dans ce monde pour nous efforcer sans cesse
à apprendre, pour nous éclairer les uns les autres au
moyen d’échanges d’idées, et pour nous
appliquer avec vigueur à aller toujours plus loin en avant dans
la science et les arts. », écrivait Wolfgang Amadeus
Mozart dans un lettre au Père Martini, le 4 septembre 1776. Ce
type aurait été fou d’Internet, c’est
certain. Il n’aurait probablement jamais imaginé
qu’une telle chose eut jamais vu le jour, un outil capable de
mettre instantanément en relation tout le patrimoine de la
planète et ses forces créatrices. Mais s’il
l’avait connu il aurait su voir le potentiel exceptionnel du
support, et de cette matière numérique,
désinvolte, sauvage, virulente, créatrice. Comme toute
avancée technique, Internet apporte son lot de nouvelles
possibilités, c’est à l’art et à ses
protagonistes de les exploiter.
Internet est une source d’informations, et un moyen de diffusion,
deux caractéristiques indissociables qui ne sont en fait
qu’une, c’est le caractère inter-communicatif
d’Internet. Certaines pratiques artistiques sont
catalysées par le flot continu de médias qui y transite,
comme le détournement, le mixage, la parodie. Diffusion,
réplication, transformation sont les maîtres mots du
réseau. Par exemple les réseaux Peer2Peer dans lesquels
on pioche, on s’inspire, on découvre, on diffuse, et on
rencontre son public ou ses nouveaux acolytes. On trouve là une
matière première à pensée, à penser,
et à repenser. Musique, image, son, texte, vidéo, et tout
sorte de médias y sont disponibles, on cherche, on choisit, on
s’égare et découvre au hasard des transferts, des
morceaux intéressants. Puis on refait le montage d’un clip
vidéo, on en crée un de toutes pièces sur un
morceau musical intéressant, on retouche un film, modifie les
paroles, le montage ou la musique, etc. 
Et les productions réinjectées sur les réseaux
d’échange sont autant d’engrais apporté au
terreau numérique. La création sur le réseau
s’auto-catalyse, la production devient exponentielle. Tout ceci
bien que la diffusion - contrairement à la réception - de
certains documents, protégés par un droit d’auteur
soit illicite. Ils s’y infiltrent malgré
l’interdiction, de façon presque naturelle et instinctive,
car la culture n’est pas une génération
spontanée, elle germe sur la production passée, qui,
transposée sur le réseau, constitue en grande partie la
base de données actuelle. C’est ce qu’exprimait
Goethe en épinglant certaines luttes partisanes de son
époque : « L’art et la science appartiennent, comme
tout ce qui est grand et bon, au monde entier et ne peuvent
s’épanouir qu’à travers de libres courants
réciproques de tous les contemporains, tout en gardant en
permanence à l’esprit ce que nous avons et savons du
passé. »
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