31-03-2005
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L’artiste sur Internet est donc avant tout un consommateur
boulimique de médias et d’informations, ce qui le
rapproche du public, et réciproquement le public alimente,
discute, promeut et fructifie ce contenu, ce qui le rapproche de
l’artiste, et par son initiative, du rôle d’artiste.
Les nouvelles productions y trouvent un espace de diffusion et de
promotion exceptionnel. Caractérisé par le succès
de licences d’exploitation permissives, comme la Creative
Commons, auprès des artistes indépendants.
Certains domaines artistiques obscurs peuvent y prendre une dimension
nouvelle. Comme celui de la poïétique (étude de
l’élaboration d’une œuvre), essentiellement
théorique. Mais qui peut trouver une application pratique
concrète avec le versioning, procédé de
création-conjointe en réseau qui permet de conserver une
version de l’œuvre à chaque étape de sa
création. Comme Arthur Rimbaud envoyait souvent à ses
différents correspondants des versions retravaillées de
ses poèmes. La conséquence est ici formidable, car ce
principe change notre regard sur l’œuvre, tant il est
influencé par son processus de création,
l’intérêt de la création glisse de
l’objet final au chemin parcouru pour y parvenir. De plus le
système permet la création de nouvelles branches de
l’œuvre à chaque version et sous-version,
l’arbre généalogique des différentes
versions devient l’œuvre elle même, l’arbre
grandit tant les artistes en ligne y apportent leur contribution.
Des exemples parmi tant d’autres, comme l’accès en
profondeur à la matière numérique, permise par des
formats de données aux standards accessibles à tous
nés du caractère universel du réseau, ou comme le
streaming, les wikis, etc. Autant de techniques, qui au travers des
artistes, font honneur à leur époque et la dynamisent.
Cependant cette approche moderne, enthousiaste et lucide propre aux
artistes ne fait pas l’unanimité. En effet les ayants
droit des artistes ont bâti leur business model sur leur droit
exclusif à la diffusion des œuvres des artistes. Les
créations artistiques sont devenues une industrie, car comme
c’était la règle au XXe, une création quelle
qu’elle soit ne valait la peine que si elle était
industrialisée, c’est-à-dire partagée par
tous. Or sur le réseau, les créations n’ont plus
besoin d’être industrialisées pour être
partagées par tous. Cela signifie que la création
n’est plus industrialisable, du moins dans le sens lourd,
exclusif et traditionnel du terme. Malheureusement cette industrie
n’entend pas remettre en cause son système lucratif bien
huilé. Elle compte bien conserver sa position exclusive, ses
intérêts et son fonctionnement passé, quitte
à sacrifier la liberté des utilisateurs, et le XXIe en
frappant Internet dans sa chair.
« C’est du vol » (Le Monde, 17 septembre 2003),
ressasse dans les médias Pascal Nègre, PDG
d’Universal Music France, crie au voleur comme une
grand-mère à qui on a volé son sac à main,
insultant ainsi ses clients au passage, qui font du
téléchargement la nuit, mais achètent des disques
le jour. Cette association entre la copie et le vol est tristement
répandue. Elle est dûe à un sentiment confus et
biaisé d’être dépossédé lors de
la réception naturelle d’une œuvre par autrui, et
à une conception archaïque du rapport entre le virtuel et
la propriété du support matériel. 
Mais la réplication de l’art, des idées, du
virtuel, comme la réplique d’une onde sonore dans
l’air est réceptionnée par les oreilles alentours,
n’est en aucun cas une dépossession. Malgré cela
certaines sensibilités n’y voient pas ce qu’elles ne
perdent pas, mais ce que les autres reçoivent, s’ensuit un
sentiment de jalousie, de perte d’exclusivité donc
d’identité, voire un ressentiment d’ingratitude de
la part d’autrui. « Si la nature a rendu moins susceptible
que toute autre chose d’appropriation exclusive, c’est bien
l’action du pouvoir de la pensée que l’on appelle
une idée, qu’un individu peut posséder de
façon exclusive aussi longtemps qu’il la garde pour lui ;
mais au moment où elle est divulguée, elle devient la
possession de tous, et celui qui la reçoit ne peut pas en
être dépossédé. Sa propriété
particulière, aussi, est que personne ne la possède moins
parce que tout le monde la possède. Celui qui reçoit une
idée de moi reçoit un savoir sans diminuer le mien ; tout
comme celui qui allume sa bougie à la mienne reçoit la
lumière sans me plonger dans la pénombre. Que les
idées circulent librement de l’un à l’autre
partout sur la planète » (Thomas Jefferson,
président des États-Unis d’Amérique de 1801
à 1809).
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