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 08-02-2012
Sauvons Internet   Imprimer  E-mail 
Ecrit par admin  
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Sauvons Internet
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31-03-2005
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Image S’ajoutent à cela des siècles au cours desquels le virtuel était lié à un support physique, comme le disque, le papier. Il s’est donc installé dans certains esprits l’idée de la possession du virtuel au travers de son support. Or le virtuel n’est plus lié à un support physique. Mais cette théorie échafaudée sur un concours de circonstances technologiques - rendant indissociables le virtuel du physique - handicape lourdement une éventuelle réflexion au sujet de la copie numérique. On déplore du coup chez la plupart des ayants droit l’incapacité à appréhender le support numérique. Réflexion pourtant indispensable à l’adaptation d’une société à un univers en mutation. C’est avec consternation que nous assistons à cette incompréhension conflictuelle stérile entre ces ayants droits, et le public majoritairement très jeune.

Des hordes d’adolescents boutonneux découvrent, mais surtout re-découvrent le monde dont ils héritent. Débarrassés des idées reçues et des lourdeurs du passé, c’est avec un regard nouveau qu’ils abordent ce monde nouveau. Et c’est parfois avec cette maladresse propre à leur âge, qu’ils nous transmettent cette vision moderne du monde que nous ne savons voir. Venant d’une conviction intime et profonde, que leur utilisation du réseau est légitime et naturelle, ils utilisent Internet comme il doit être utilisé, ils ne volent rien. Ils apprennent, font leurs gammes sur des claviers d’ordinateurs, et pataugent sur les réseaux Peer2peer, bac à sable de la génération du partage. Nous devons écouter et aider ceux qui seront un jour responsables du monde que nous leur construisons.

Pour aborder ces problèmes avec la bonne foi et la lucidité qu’il se doit, il faut tuer le concept scabreux d’un quelconque lien entre la copie et le vol, fruit d’une transposition naïve de concepts issus du monde matériel sur le monde virtuel foncièrement différent. Donnant lieu à des sophismes tels que : « télécharger de la musique sur l’Internet était aussi grave que voler un disque dans un magasin » (Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture, Cannes, janvier 2004). Alors, tentons une autre élucubration basée sur ces principes. Si nous pouvions clôner les sacs à mains de grand-mères, crieraient-elles « au voleur ! » ? Y’a pas de raison. Il apparaîtrait même que la copie soit la parade absolue contre le vol des sacs à mains de nos grand-mères ! Cessons d’urgence ces enfantillages, ces amalgames, ces théories de comptoir, qui entérinent tout dialogue courtois et objectif. Et engendrent de vulgaires accusations de « vol », la répression, la remise en cause des libertés individuelles, la prise en otage de la culture et des artistes, et le sabotage d’Internet. Essayer de transposer des concepts issus du monde matériel vers le monde virtuel va à l’encontre de la nature même de ce dernier, ce qui nous conduirait inévitablement à la paralysie. Il serait tout de même plus intelligent d’adapter notre regard au monde virtuel que d’adapter le monde virtuel à notre regard.

Le puissant lobbying de l’industrie du divertissement auprès des élus est fracassant : durcissement de la législation avec la loi sur l’économie numérique (LEN), remise en question de l’email comme correspondance privée, remise en cause de la copie privée, etc. S’ensuit cette odieuse politique de la condamnation par l’exemple, celle de la terreur. Les inquisiteurs du cyber-obscurantisme traînent monsieur-tout-le-monde en justice, bientôt derrière les barreaux. L’industrie voit aussi d’un mauvais œil ce couple idyllique, sacré, dépendant et indissociable qu’est l’artiste et son public, réunis autour des créations dont ils sont copropriétaires. Et elle entend y semer le trouble, afin de le briser, et ramasser les morceaux. Pour ce faire, les majors trompent et prennent en otage certains artistes, ceux dont les centres d’intérêts sont bien loins de ce marasme, en leur faisant voir dans l’usage naturel d’Internet le péril de leur art. Si bien que ne sachant plus à quel saint se vouer, nous constatons chez certains artistes le syndrome de Stockholm, compréhensible, bien que pathétique, visant à défendre leurs ravisseurs contre leur réel défenseur, leur moitié, le public. Syndrome concrétisé par exemple dans la « Lettre Aznavour » (Cannes, 25 janvier 2001). Ou bien le tiraillement intérieur de personnalités hybrides comme le réalisateur-producteur Luc Besson, chef de file du « colloque anti-piraterie » du festival de Cannes 2004. Il traite lui aussi le public de « voleur », les yeux illuminés, comme ceux du lièvre noctambule le sont par les phares de la voiture des vilains internautes, prêts à salir leur pare-choc. L’artiste Luc Besson aurait probablement vu dans l’Internet ce que Godard avait su voir dans la caméra 16mm, mais le producteur Besson l’occulte. S’il en va-t-ainsi, les générations futures n’auront pas beaucoup matière à polémiquer au sujet des causes de l’extinction des dinosaures du cinéma, celle-ci ne pouvant s’expliquer que par une faculté d’inadaptation hors du commun.

Mais le chant du cygne forcené en manque à trop gagner ne trouve pas vraiment son public. Certains artistes refusent de se prêter au jeu des majors, défendent leur public contre la répression judiciaire. Comme le montre la récente pétition « Libérez l@ musique » du Nouvel Observateur (3 février 2005), dans laquelle apparaît un courageux et premier repenti. Ariel Wizman est venu serrer les coudes, et grossir les rangs de ses acolytes, après avoir été utilisé en prêtant sa voix à la campagne anti-piraterie du ministère délégué à l’Industrie (pas celui à la Culture).



 
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