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 12-10-2008
Sauvons Internet   Imprimer  E-mail 
Ecrit par admin  
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Sauvons Internet
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31-03-2005
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Image L’art et les artistes ne sont bien évidement pas en péril, seule la rémunération - bien maigre en rapport au chiffre d’affaire - de ces derniers par l’industrie du divertissement l’est. Le cinéma existait avant les boîtes de productions, la musique existait avant les maisons de disque, la littérature existait avant les maisons d’édition, et ils existeront toujours après. Le public ne choisira pas non plus entre Internet et les artistes, il aime les artistes, la société à besoin des artistes. Leur créativité est la levure qui fait prendre toute sa dimension à la société. Ils veillent à sa bonne santé mentale : sa clef du voûte, sur laquelle repose sa richesse, sa force de travail, sa dynamique, son audace, son développement. Si la rémunération des artistes par l’industrie du divertissement se fragilise, il faut trouver d’autres canaux pour garantir leur capacité à créer. Mais cela ne peut se faire que dans le respect des libertés individuelles, de la créativité et de l’utilisation pleine et entière du réseau. Toute solution ne satisfaisant pas ces critères est irrecevable.

Mais la répression initiée par l’industrie du divertissement n’a pas qu’une vocation punitive, elle entend bien du même coup remettre tous ces moutons égarés dans le droit chemin. De retour au bercail ceux-ci vont pouvoir aller paître dans les espaces prévus à cet effet, de bons morceaux de musique, pré-sélectionnés aux petits soins de cette même industrie. Les industriels n’entendent pas proposer, mais bien imposer par la répression leurs portails musicaux. Nous auront ainsi la joie d’y retrouver leur modèle économique dépassé, contre-productif et truffé d’intermédiaires, transposé à l’identique. Accessoirement, on y rémunérera marginalement les artistes, comme avant. Compter tout de même une délicieuse variante, celle de iTune, dont le but avoué n’est même pas d’imposer un modèle archaïque de l’économie musicale, mais de vendre des iPods. Toutes les technologies imposées sont bien évidement incompatibles, au plus grand plaisir des généraux du marketing qui segmentent la future carte d’État-Major du marché, en vue de gué-guerres économiques dont le public et les artistes seront la chair-à-canon. Guerres dans lesquelles la qualité et la créativité ne sont qu’une formalité, souvent omise, tant la machine marketing dépasse - en coût et en puissance - le bon goût de chacun. Et même si certains producteurs ont bon goût, ont-ils plus de légitimité que le public pour savoir ce que celui-ci doit aimer ?

Tout cela ne vous rappelle rien ? Un réseau centralisé, dont on est pas acteur mais consommateur passif, sans initiative personnelle, tributaire du contenu et du bon vouloir des entreprises, où l’on paye au coup par coup ? Vous avez deviné, le mourant - pour ne pas dire défunt - Minitel. Un bond technologique de plus de 20 ans en arrière ! On n’est pas passé loin de la carte perforée ou des signaux de fumées. On est en train d’imposer à Internet les contraintes qui ont fait l’échec de son concurrent. Internet est l’autoroute de l’information, à quoi servirait une autoroute si il y avait un péage tous les 10 mètres ? À rien. C’est un recul technologique, liberticide, conséquence d’une politique économique vindicative et réactionnaire, ou tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins ; quitte à mettre les citoyens derrière les barreaux, ou à user de la mauvaise foi en faisant passer le réseau pour une arme de destruction massive de la culture, entendant bien masquer des intérêts économiques opportunistes. La politique de la peur est lancée, « virus », « terroristes », « pédophiles », tout autant de qualificatifs démagogiques lancés à-tout-va pour décrire l’univers dangereux et malfamé d’Internet. On devine déjà le discours du ministère de l’Intérieur : « derrière chaque MP3 il y a un lien avec une activité mafieuse ou terroriste ». Le sentiment d’insécurité est le passage obligatoire pour contraindre un peuple à renoncer à ses libertés. Nous entrevoyons à peine aujourd’hui que le pire est à venir, le top des technologies liberticides version Microsoft (répondant au doux nom de « TCPA / NGSCB / Fritz ») est déjà sortie des cartons ; à suivre. « Celui qui est prêt à sacrifier un peu de liberté pour obtenir un peu de sécurité ne mérite vraiment ni l’une, ni l’autre » (Benjamin Franklin, 1706-1790, père fondateur des États-Unis d’Amérique)

L’Internet actuel est bel et bien le seul garant de la culture et de la liberté d’expression, quiconque peut y voir « Farenheit 9/11 ». Il n’est pas nécessaire de lui dresser des ponts et des palmes d’or pour qu’il daigne bien le diffuser. Seul le partage du patrimoine de l’humanité par l’humanité pour l’humanité sur les réseaux Pee2Peer garantit ces acquis fondamentaux. Ils sont inaliénables, quiconque tentera d’en priver les utilisateurs devra faire face à une résistance féroce. Comme les logiciels libres le font face aux géants du logiciel, comme Wikipédia le fait avec le savoir, la résistance s’organise dans le monde de l’art. Les artistes deviennent indépendants, zappent des Majors, diffusent leurs créations sous des licences autorisant la copie et/ou les modifications, sur des réseaux Peer2Peer de plus en plus insaisissables. Les réseaux cryptés et décentralisés se développent, l’exemple de Freenet en est le plus marquant. On peut lire sur la première page de son site Web l’origine de sa motivation : « Je m’inquiète en permanence au sujet de ma fille et d’Internet, même si elle est trop jeune pour se connecter. Voilà de quoi je suis inquiet. J’ai peur que dans 10-15 ans, elle ne vienne me voir et me demande : Papa, où étais-tu lorsqu’ils ont supprimé la liberté d’expression sur Internet ? » (Mike Godwin, Electronic Frontier Foundation). Quand les internautes auront pris le maquis, Internet sera encore plus opaque et encore moins contrôlable qu’aujourd’hui. La matière numérique ne se dompte pas, elle s’apprivoise.

Pourquoi faire dans la confrontation et dans la sueur ce qui peut être résolu par le bon sens et le dialogue ? La France est la mieux placée pour savoir que l’approche du réseau façon « Minitel » ne marche pas. La nature d’Internet est décentralisée, libre et souple, c’est sa centralisation et sa bureaucratie corporatiste qui à tué son premier concurrent. Sa réapparition serait un goulot d’étranglement à la créativité, et un frein à la modernité. La France ne peut pas retomber dans le panneau. Elle doit tirer les leçons de ses expériences passées, et du même coup son épingle du jeu. Car c’est avec cette expérience, son intelligence et sa culture que le pays des Lumières peut retrouver son rayonnement passé. Elle doit aborder le XXIe de plein pied, avec sang froid et détermination, et que s’en suive naturellement la confiance, le dynamisme, la richesse.

Il faut une solution pour garantir l’accès à tous à cette ressource vitale, rémunérer les artistes, ne pas handicaper le rôle fondamental d’Internet, et ce, sans remettre en question la liberté de chacun. Pour trouver la bonne solution il faut d’abord éliminer les mauvaises, l’industrie du divertissement doit donc céder du terrain. Une redevance sur les abonnements Internet pour soutenir directement la création artistique à été évoquée. Cette proposition pose d’autres problèmes mais semble remplir ces critères essentiels. Dans ce cas il faudra aussi penser à en exempter les familles boursières et les étudiants, fracture numérique oblige. Ce n’est qu’une piste, toute proposition tangible mérite d’être étudiée et approfondie. Mais toute solution doit être accompagnée des outils législatifs adéquats. Il ne faut pas réitérer l’adoption de la taxe sur les supports vierges, censée couvrir la copie privée, sans que celle-ci ne devienne un réel droit. Entretenant dans ce flou législatif un status quo, une épée de Damoclès sur la tête des utilisateurs. La copie privée doit devenir un droit, accompagné d’un droit au transfert privé. La durée du droit d’auteur doit être réadaptée à la dynamique du réseau, et assouplie en ce qui concerne la réutilisation, ou la modification caractérisée d’une œuvre, dans une nouvelle création.

À l’ère de la communication, Internet est en passe de devenir une composante vitale pour l’Humanité, comme l’eau et l’air. Lorsque l’on voit l’état déplorable dans lequel nous avons mis les deux derniers, on prend conscience de l’importance des décisions et des directions que nous prenons aujourd’hui à son égard. On se doit d’en respecter et d’en protéger la fonction, la nature, l’essence, dans l’intérêt de tous.

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