31-03-2005
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L’art et les artistes ne sont bien évidement pas en
péril, seule la rémunération - bien maigre en
rapport au chiffre d’affaire - de ces derniers par
l’industrie du divertissement l’est. Le cinéma
existait avant les boîtes de productions, la musique existait
avant les maisons de disque, la littérature existait avant les
maisons d’édition, et ils existeront toujours
après. Le public ne choisira pas non plus entre Internet et les
artistes, il aime les artistes, la société à
besoin des artistes. Leur créativité est la levure qui
fait prendre toute sa dimension à la société. Ils
veillent à sa bonne santé mentale : sa clef du
voûte, sur laquelle repose sa richesse, sa force de travail, sa
dynamique, son audace, son développement. Si la
rémunération des artistes par l’industrie du
divertissement se fragilise, il faut trouver d’autres canaux pour
garantir leur capacité à créer. Mais cela ne peut
se faire que dans le respect des libertés individuelles, de la
créativité et de l’utilisation pleine et
entière du réseau. Toute solution ne satisfaisant pas ces
critères est irrecevable.
Mais la répression initiée par l’industrie du
divertissement n’a pas qu’une vocation punitive, elle
entend bien du même coup remettre tous ces moutons
égarés dans le droit chemin. De retour au bercail ceux-ci
vont pouvoir aller paître dans les espaces prévus à
cet effet, de bons morceaux de musique,
pré-sélectionnés aux petits soins de cette
même industrie. Les industriels n’entendent pas proposer,
mais bien imposer par la répression leurs portails musicaux.
Nous auront ainsi la joie d’y retrouver leur modèle
économique dépassé, contre-productif et
truffé d’intermédiaires, transposé à
l’identique. Accessoirement, on y rémunérera
marginalement les artistes, comme avant. Compter tout de même une
délicieuse variante, celle de iTune, dont le but avoué
n’est même pas d’imposer un modèle
archaïque de l’économie musicale, mais de vendre des
iPods. Toutes les technologies imposées sont bien
évidement incompatibles, au plus grand plaisir des
généraux du marketing qui segmentent la future carte
d’État-Major du marché, en vue de
gué-guerres économiques dont le public et les artistes
seront la chair-à-canon. Guerres dans lesquelles la
qualité et la créativité ne sont qu’une
formalité, souvent omise, tant la machine marketing
dépasse - en coût et en puissance - le bon goût de
chacun. Et même si certains producteurs ont bon goût,
ont-ils plus de légitimité que le public pour savoir ce
que celui-ci doit aimer ?
Tout cela ne vous rappelle rien ? Un réseau centralisé,
dont on est pas acteur mais consommateur passif, sans initiative
personnelle, tributaire du contenu et du bon vouloir des entreprises,
où l’on paye au coup par coup ? Vous avez deviné,
le mourant - pour ne pas dire défunt - Minitel. Un bond
technologique de plus de 20 ans en arrière ! On n’est pas
passé loin de la carte perforée ou des signaux de
fumées. On est en train d’imposer à Internet les
contraintes qui ont fait l’échec de son concurrent.
Internet est l’autoroute de l’information, à quoi
servirait une autoroute si il y avait un péage tous les 10
mètres ? À rien. C’est un recul technologique,
liberticide, conséquence d’une politique économique
vindicative et réactionnaire, ou tous les moyens sont bons pour
arriver à ses fins ; quitte à mettre les citoyens
derrière les barreaux, ou à user de la mauvaise foi en
faisant passer le réseau pour une arme de destruction massive de
la culture, entendant bien masquer des intérêts
économiques opportunistes. La politique de la peur est
lancée, « virus », « terroristes »,
« pédophiles », tout autant de qualificatifs
démagogiques lancés à-tout-va pour décrire
l’univers dangereux et malfamé d’Internet. On devine
déjà le discours du ministère de
l’Intérieur : « derrière chaque MP3 il y a un
lien avec une activité mafieuse ou terroriste ». Le
sentiment d’insécurité est le passage obligatoire
pour contraindre un peuple à renoncer à ses
libertés. Nous entrevoyons à peine aujourd’hui que
le pire est à venir, le top des technologies liberticides
version Microsoft (répondant au doux nom de « TCPA / NGSCB
/ Fritz ») est déjà sortie des cartons ; à
suivre. « Celui qui est prêt à sacrifier un peu de
liberté pour obtenir un peu de sécurité ne
mérite vraiment ni l’une, ni l’autre »
(Benjamin Franklin, 1706-1790, père fondateur des
États-Unis d’Amérique)
L’Internet actuel est bel et bien le seul garant de la culture et
de la liberté d’expression, quiconque peut y voir «
Farenheit 9/11 ». Il n’est pas nécessaire de lui
dresser des ponts et des palmes d’or pour qu’il daigne bien
le diffuser. Seul le partage du patrimoine de l’humanité
par l’humanité pour l’humanité sur les
réseaux Pee2Peer garantit ces acquis fondamentaux. Ils sont
inaliénables, quiconque tentera d’en priver les
utilisateurs devra faire face à une résistance
féroce. Comme les logiciels libres le font face aux
géants du logiciel, comme Wikipédia le fait avec le
savoir, la résistance s’organise dans le monde de
l’art. Les artistes deviennent indépendants, zappent des
Majors, diffusent leurs créations sous des licences autorisant
la copie et/ou les modifications, sur des réseaux Peer2Peer de
plus en plus insaisissables. Les réseaux cryptés et
décentralisés se développent, l’exemple de
Freenet en est le plus marquant. On peut lire sur la première
page de son site Web l’origine de sa motivation : « Je
m’inquiète en permanence au sujet de ma fille et
d’Internet, même si elle est trop jeune pour se connecter.
Voilà de quoi je suis inquiet. J’ai peur que dans 10-15
ans, elle ne vienne me voir et me demande : Papa, où
étais-tu lorsqu’ils ont supprimé la liberté
d’expression sur Internet ? » (Mike Godwin, Electronic
Frontier Foundation). Quand les internautes auront pris le maquis,
Internet sera encore plus opaque et encore moins contrôlable
qu’aujourd’hui. La matière numérique ne se
dompte pas, elle s’apprivoise. 
Pourquoi faire dans la confrontation et dans la sueur ce qui peut
être résolu par le bon sens et le dialogue ? La France est
la mieux placée pour savoir que l’approche du
réseau façon « Minitel » ne marche pas. La
nature d’Internet est décentralisée, libre et
souple, c’est sa centralisation et sa bureaucratie corporatiste
qui à tué son premier concurrent. Sa réapparition
serait un goulot d’étranglement à la
créativité, et un frein à la modernité. La
France ne peut pas retomber dans le panneau. Elle doit tirer les
leçons de ses expériences passées, et du
même coup son épingle du jeu. Car c’est avec cette
expérience, son intelligence et sa culture que le pays des
Lumières peut retrouver son rayonnement passé. Elle doit
aborder le XXIe de plein pied, avec sang froid et détermination,
et que s’en suive naturellement la confiance, le dynamisme, la
richesse.
Il faut une solution pour garantir l’accès à tous
à cette ressource vitale, rémunérer les artistes,
ne pas handicaper le rôle fondamental d’Internet, et ce,
sans remettre en question la liberté de chacun. Pour trouver la
bonne solution il faut d’abord éliminer les mauvaises,
l’industrie du divertissement doit donc céder du terrain.
Une redevance sur les abonnements Internet pour soutenir directement la
création artistique à été
évoquée. Cette proposition pose d’autres
problèmes mais semble remplir ces critères essentiels.
Dans ce cas il faudra aussi penser à en exempter les familles
boursières et les étudiants, fracture numérique
oblige. Ce n’est qu’une piste, toute proposition tangible
mérite d’être étudiée et approfondie.
Mais toute solution doit être accompagnée des outils
législatifs adéquats. Il ne faut pas
réitérer l’adoption de la taxe sur les supports
vierges, censée couvrir la copie privée, sans que
celle-ci ne devienne un réel droit. Entretenant dans ce flou
législatif un status quo, une épée de
Damoclès sur la tête des utilisateurs. La copie
privée doit devenir un droit, accompagné d’un droit
au transfert privé. La durée du droit d’auteur doit
être réadaptée à la dynamique du
réseau, et assouplie en ce qui concerne la réutilisation,
ou la modification caractérisée d’une œuvre,
dans une nouvelle création.
À l’ère de la communication, Internet est en passe
de devenir une composante vitale pour l’Humanité, comme
l’eau et l’air. Lorsque l’on voit l’état
déplorable dans lequel nous avons mis les deux derniers, on
prend conscience de l’importance des décisions et des
directions que nous prenons aujourd’hui à son
égard. On se doit d’en respecter et d’en
protéger la fonction, la nature, l’essence, dans
l’intérêt de tous.
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