22-07-2005
Source: http://www.agoravox.fr Date: 30/06/2005
P2P et Cour Suprême
La technologie et son usage. Dans une décision rendue le 27 juin (voir avis pour le
document original) dans une affaire qui opposait la MGM à la
société Grokster, qui distribue un logiciel
d’échanges de fichiers en mode point à point (P2P),
la Cour Suprême des Etats-Unis a rendu un avis aux
conséquences potentiellement lourdes. Au départ, la MGM -
et d’autres sociétés similaires -, qui est une
entreprise de contenus notamment à travers ses activités
de production de films, a considéré que Grokster, et ses
équivalents, violaient de façon intentionnelle le droit
d’auteur (« copyright »). La MGM a donc
attaqué Grokster fin 2001. Le dossier a suivi les
méandres des procédures judiciaires américaines
pour aboutir devant la Cour Suprême. Dans ses attendus, le Juge
Souter qui explicite le jugement rendu à
l’unanimité par la Cour indique notamment « nous
considérons que celui qui distribue un objet (« device
») avec l’intention de promouvoir son usage pour la
violation du copyright, ... est responsable des actions de violation
[du copyright] par des tiers ». Concrètement Grokster est
responsable de l’utilisation frauduleuse de son logiciel par
l’internaute lambda. A court terme l’avis de la Cour va
permettre à MGM de reprendre son combat judiciaire et aux
sociétés de contenus d’exercer de fortes pressions
sur les distributeurs de logiciels de P2P pour que leurs
activités cessent ou soient réorientées. On se
souviendra d’ailleurs qu’une société comme
Napster avait pratiquement disparu suite à d’interminables
batailles juridiques au tournant des années 2000.
En faisant un peu de « jurifiction » et si on sort du
champ strict de la décision de la Cour - qui se base
évidemment sur des arguments juridiques dans ce cas
précis- , le jugement rendu est néanmoins très
intrigant, car un grand nombre des objets qui nous entourent peuvent
être utilisés à des fins frauduleuses alors que
leur commerce est légal. Dès lors comment
apprécier si celui qui les vend ou les promeut le fait dans une
intention coupable ? Prenons un exemple simple : les fabricants
d’automobile continuent à nous vanter de façon plus
ou moins explicite la vitesse de leurs modèles, ils incitent
donc à un usage illégal de leurs produits puisque la
vitesse est limitée. Ainsi, transposée dans
d’autres domaines le jugement de la Cour Suprême ne manque
pas d’ouvrir des perspectives qui pourraient être tout
à fait inédites....
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