13-04-2006
Source: http://www.agoravox.fr Date: 24/01/06
Copie privée ou piratage : la saga de la loi DADVSI...
 Vous ne savez peut-être pas ce
que recouvre le loi dite DADVSI, en clair" Droits d’auteurs et
droits voisins de la société de l’information".
Pourtant, nos députés ont passé de longs moments
à en discuter en fin d’année dernière, ont
même eu l’idée de la licence globale, et ont
même vu leur idée rejetée au plus haut niveau,
puisque le Président de la République, puis son Premier
ministre ont cru bon de se saisir du problème à
l’occasion des cérémonies de voeux. C’est
dire s’il y avait urgence en la matière. De quoi
s’agit-il?
Le besoin de légiferer sur les droits d’auteurs dans le
monde de la communication numérique découle de plusieurs
phénomènes concomitants. Sur le plan juridique et
européen, nous sommes, comme c’est souvent notre habitude,
en retard dans la transcription en Droit français d’une
directive européenne sur le sujet, qui date de 2001! Bruxelles
nous l’a d’ailleurs rappelé officiellement à
deux reprises, notamment juste avant le fin de l’année
2005, date limite pour cette transcription. Ladite directive
européenne vise à rappeler les principes qui permettent
de transmettre, de publier ou de copier des oeuvres musicales ou
audiovisuelles, en respectant la propriété intellectuelle
des auteurs, interprètes et producteurs des productions
audiovisuelles concernées, les contraintes des traités
signés par les pays sur la propriété
intellectuelle(OAPI), et celle du droit à la copie privée
dans un monde numérique qui permet tous les échanges.
En même temps, les ventes de CD dans le monde ont subi une baisse
sensible, que les producteurs attribuent à
l’émergence du piratage sur Internet.
Phénomène connu du téléchargement à
partir de sites gratuits, qui a commencé aux Etats-Unis il y a
plusieurs années, et qui s’est traduit par une bataille
juridique intense entre lesdits sites et l’industrie du disque,
qui a quand même fini par gagner en Cour suprême. Le
cauchemar est reparti quelques années plus tard, avec les
logiciels d’échange de fichier dits "peer to peer", qui
permettent légalement, mais en principe pour des buts
professionnels, ce genre d’échange. Incidemment, les
échanges P2P sont également ceux que nous utilisons quand
nous téléphonons par Skype.
Depuis, la situation s’est aggravée, avec les
possibilités nouvelles de chargement gratuits de films, qui
viennent s’ajouter à celle des CD et commencent à
provoquer le même phénomène de baisse des ventes.
Le risque est que l’industrie audiovisuelle subisse une crise
majeure. Vous avez sans doute remarqué le non-renouvellement de
contrat d’un certain nombre de vedettes de la chanson
française, il y a un ou deux ans. La raison en est là,
baisse de ventes, et donc moindre possibilité pour les
producteurs de prendre des risques sur certains artistes. Maintenant
que le problème s’étend aux films et aux acteurs de
cinéma, c’est une partie de la culture et du
divertissement mondial qui est menacé par ces pratiques.
C’est dans ce contexte que notre gouvernement, sous pression de
la date limite de trancription de fin 2005, s’est lancé
dans la discussion, pour l’approbation de la loi DADVSI,
concoctée par le ministre de la culture, et censée
trouver le bon équilibre entre les droits des
auteurs/interprètes/producteurs et ceux de la copie
privée. La première version a été
perçue apparemment comme très protectrice des
producteurs, et donc très répressive des pirates
éventuels, en introduisant des sanctions pénales
dès les premiers téléchargements.
Soudain, retournement de situation, une idée qui avait fait
l’objet d’un lobbying important, celle de la licence
globale, est reprise par des députés de toute tendance,
sous forme d’amendement à la loi, juste avant le 25
décembre. La licence globale, c’est un droit de copie
indifférencié, sur Internet, de tout type de fichier,
moyennant une participation globale modique de 7 euros par mois! A ce
prix-là, inutile de dire que les artistes ne seraient plus
rémunérés, les interprètes non plus. Quant
aux producteurs, ils changeraient d’industrie! La fin de la
culture en France. Le gouvernement, sagement, siffla la fin de la
partie.
Reprise du match en début d’année, avec le
Président lui-même, qui se saisit du problème et
exprime, à l’occasion des voeux, ses recommandations
personnelles pour l’équilibre souhaitable entre le droit
à la copie privée et la protection des droits
d’auteur . Equilibre traduit en termes techniques par le Premier
ministre: abandon de la licence globale, 5 copies privées
maximum, répression adoucie de la contrefaçon, avec un
premier stade de traitement des délits mineurs par amende, avant
de passer aux sanctions pénales pour la "vraie "
contrefaçon. 
C’est sur ses bases-là que va repartir la discussion
à la Chambre des députés, et on peut
espérer, cette fois, que la loi DADVSI ira au bout!
Il est grand temps, d’ailleurs, car entre-temps Bruxelles aurait
mis en préparation une autre directive, interdisant purement et
simplement la copie privée!
A suivre.
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