04-07-2006
Source: http://www.lalibre.be Date: 27/04/2006
Contrefaçon: l'Europe sort ses armes
L'Europe s'attaque à la
contrefaçon. Franco Frattini, commissaire à la Justice,
à la Liberté et à la Sécurité,
propose un arsenal de sanctions. Dont des peines d'emprisonnement de 4
ans minimum.
En 2004, plus de 100 millions d'articles contrefaits ont
été saisis dans l'Union européenne, dont 20
millions en Belgique. En tête des saisies? Les cigarettes, les
CD/DVD et les jouets, fabriqués dans leur grande majorité
en Chine (75 pc) et dans les pays du Sud-est asiatique. Ces objets,
tout comme les denrées alimentaires ou les produits
pharmaceutiques, le commissaire européen à la Justice,
à la Liberté et à la Sécurité Franco
Frattini ne veut plus les voir arriver dans l'Union. Il a
décidé de frapper «pour envoyer un signal fort aux
acteurs de la contrefaçon, qui doit être
considérée comme un crime».
Sa proposition de directive, présentée mercredi, vise
à mettre en place un ensemble de sanctions pénales contre
toutes les atteintes à la propriété
intellectuelle, qu'il s'agisse de droits d'auteur, de brevets
pharmaceutiques ou du piratage des marques vestimentaires. Elle
prévoit ainsi des peines d'emprisonnement minimales de 4 ans
pour ses auteurs quand ceux-ci se trouvent directement liés
à la criminalité organisée; elle envisage
également un seuil minimum d'amendes de 100 à 300 000
euros, sous cette même condition et quand la santé et la
sécurité des consommateurs sont directement en
péril.
Sécurité du consommateur
La proposition de directive remplace ainsi la décision-cadre que
la Commission européenne avait adoptée en juillet 2005 et
qui enjoignait déjà aux Etats membres de renforcer leur
lutte et leurs mesures contre la contrefaçon. Les Etats membres
devront cette fois adapter leur législation aux peines
prévues et les harmoniser. Des dispositions existent dans la
plupart des Etats membres mais ne vont pas encore assez loin selon le
commissaire, notamment dans la prise en compte de la criminalité
organisée et des risques pour la santé et la
sécurité des consommateurs.
«Et certains décès sont directement liés
à la contrefaçon», expliquait mercredi un expert de
la Commission. «Ce peut être un enfant qui s'étouffe
avec une pièce de jeu non conforme». Quand il ne s'agit
pas des produits pharmaceutiques. L'an dernier, c'est un
médicament contre la grippe aviaire qui a été
stoppé. La sécurité et la santé devront
donc guider l'application des sanctions, «d'autant plus quand on
sait que la contrefaçon expose directement les plus
pauvres», ajoutait l'expert.
Coût pour l'industrie
L'industrie européenne elle aussi paie chaque année son
tribut à la contrefaçon. Celle-ci a enregistré une
hausse de plus de 1 000 pc entre 1998 et 2004. Et, selon une
étude réalisée en 2004 par le Centre
d'études internationales de la propriété
industrielle (CEIPI), l'industrie européenne perdrait entre 400
et 800 millions d'euros par an, ceci au sein du marché
intérieur, et plus de 2 milliards à l'échelle du
monde. Le taux de contrefaçon représente aujourd'hui 5
à 9 pc du commerce mondial et serait aussi responsable de la
perte de centaines de milliers d'emplois en Europe chaque année. 
Mais pour exponentielle qu'elle soit, la contrefaçon n'en reste
pas moins difficilement perceptible à vue d'oeil, sinon par ses
prix moins élevés. Autre problème que les Etats
membres devront résoudre: prouver au niveau des parquets
l'existence de cette contrefaçon, «ce qui est très
difficile aujourd'hui», expliquait un autre expert selon lequel
«la contrefaçon reste une activité trop peu
risquée pour ceux qui s'y adonnent». D'où la
proposition de directive, qui permettra par ailleurs aux 25 d'aller
plus loin que les sanctions requises.
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