04-07-2006
Source: http://www.afrik.com Date: 13/05/2006
Le fléau de la contrefaçon de médicaments en Afrique
Un phénomène qui inquiète les ONG et l’OMS
Le marché illicite des
médicaments s’est développé de
manière considérable en Afrique, depuis plus d’une
dizaine d’années. Selon l’Organisation mondiale de
la Santé, il représente dans certains pays
jusqu’à 60% des volumes vendus. Ce fléau
planétaire (10% du marché mondial des médicaments)
est à l’origine des millions de morts.
Les contrefaçons
représentent plus de 10% du marché mondial de
médicaments, selon la Food and Drug Administration, une ONG
américaine, et 25% dans les pays pauvres. Dans certains de ces
pays, ce chiffre atteindrait parfois 60%, selon une enquête
effectuée de janvier 1999 à octobre 2000 par
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). La
mondialisation et le développement des échanges
commerciaux favorisent l’entrée de manière
informelle, de ces médicaments en provenance de tous les
continents. Ce marché s’est développé depuis
les années 1980 dans pratiquement tous les pays de
l’Afrique subsaharienne. Ils sont en vente libre dans la rue, sur
les marchés. Les antibiotiques, anti-inflammatoires,
analgésiques, anti-parasitaires et les produits
cardio-vasculaires sont ceux qui ont le plus de succès. Ces
contrefaçons bénéficient d’une double source
d’approvisionnement, interne et externe. Les vendeurs illicites
seraient ainsi approvisionnés en partie par le marché
pharmaceutique national regroupant des grossistes, des producteurs
locaux.
Un phénomène aux conséquences désastreuses pour la santé
La contrefaçon des médicaments, au même titre que
celle des pièces détachées pour les voitures, est
la plus dangereuse de toutes selon l’OMS. Plusieurs cas
d’intoxications mortelles consécutives à la prise
de ces médicaments ont été notifiés. Elle
est à l’origine de ravages sanitaires énormes. La
dangerosité de ces produits contrefaits tient du fait
qu’il ne contiennent aucun principe actif susceptible de soigner.
D’après une étude la revue médicale
britannique, The Lancet, sur le million de personnes
décédant du paludisme chaque année en Afrique, 200
000 auraient pu être sauvées si des médicaments
authentiques étaient distribués. Le consommateur est donc
la première victime de ces médicaments contrefaits qui,
au mieux, entraînent l’échec thérapeutique et
au pire, engendrent la mort.
Tout aussi préoccupant, les mauvaises indications
thérapeutiques de ces produits par les vendeurs. Elles sont
souvent erronées et insensées, voire fantaisistes. La
posologie l’est tout aussi, le nombre d’unités
conseillées dépend en générale de la
capacité financière du client. Ces « conseils
» sont donnés selon le Réseau Médicaments et
Développement (ReMed), une ONG française, par des
vendeurs souvent analphabètes et inconscients des dangers de
leurs marchandises. Même lorsqu’ils sont lettrés, il
leur est difficile de trouver des informations sur ces
médicaments du fait de l’absence de notice ou de notices
en langues étrangères. Pire, les chaînes de
fabrications clandestines copient l’habillage des produits
pharmaceutiques en falsifiant le contenu moléculaire. La nature
et l’origine indiquées sur l’étiquette sont
donc délibérément et frauduleusement
mensongères. 
« Une pandémie silencieuse »
De plus en plus inquiète, l’OMS a décidé de
s’organiser pour trouver des solutions mondiales contre cette
« épidémie silencieuse » de faux
médicaments. C’est dans cette optique qu’une
réunion de deux jours a été tenue en
février dernier à Rome (Italie). « On ne meurt pas
de porter des faux sacs à mains ou T-shirt. En revanche, les
contrefaçons de médicaments peuvent tuer », a
rappelé lors de cette réunion Howard Zucker,
Sous-Directeur général à l’OMS pour la
Technologie de la santé et les produits pharmaceutiques. «
Comme pour la contrebande des drogues, il ne faut faire aucun compromis
et livrer une lutte sans merci contre les réseaux de production
et de distribution », a-t-il ajouté. Ainsi une vaste
campagne d’information simultanément dans tous les pays
d’Afrique francophone devrait être organisée. Elle
aura pour objectif d’informer et sensibiliser les populations sur
les dangers du marché illicite des médicaments et de
promouvoir l’accès aux médicaments
génériques dans tous les secteurs pharmaceutiques.
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