10-07-2004
source: http://calenda.revues.org date: 30/06/2004
Colloque: La fraude : faussaires, falsificateurs et contrefacteurs
organisé par l’Association Française des Historiens Economistes

" La falsification et la fraude détruisent le capitalisme et la liberté
de marché, et plus largement, les fondements de notre société ". Ainsi
s'exprimait le président de la banque centrale américaine, Alan
Greenspan, après les scandales qui ont marqué l'année 2002, aux
Etats-Unis en particulier. Il faisait évidemment allusion aux remous
qui ont agité le monde financier après l'affaire Enron et l'échec des
procédures de contrôle par les cabinets d'audit privés. Mais ce cri
d'alarme n'est pas isolé, si l'on en juge par les réactions similaires,
aussi indignées que virulentes, des instances de décision politiques
dans les Etats industrialisés, confrontées aux ravages de l'économie
parallèle ou informelle, de l'économie clandestine ou souterraine.
Cette intrusion fracassante semble signaler l'incapacité du marché à
réguler les mécanismes de confrontation entre les producteurs, entre
les producteurs et les consommateurs, entre les producteurs et la
puissance publique, et elle sanctionne d'une certaine façon l'échec de
la main invisible d'Adam Smith. Dans de telles circonstances, la morale
surgit là où on l'attendait le moins, dans le domaine de la stricte
rationalité et de l'autonomie des acteurs. Tout se passe, en fait,
comme si la fraude devenait, sinon une maladie nouvelle, du moins une
épidémie sans commune mesure avec ses manifestations anciennes et
traditionnelles. La production de masse mise au service des circuits
mafieux lui offre la faculté de se développer à grande échelle et
d'atteindre une ampleur inouïe. Elle minerait ainsi le capitalisme en
détruisant la confiance et l'esprit d'innovation, en même temps qu'elle
ruinerait des pans entiers de l'économie et frustrerait l'Etat de
recettes considérables.
La fraude met crûment en opposition des principes que l'on croyait
conciliables : la recherche d'une rente par les entreprises innovantes
et les vertus de la concurrence ; la liberté d'entreprendre et le droit
de propriété ; l'esprit d'innovation et la recherche effrénée du profit
; la volonté de s'affranchir des processus bureaucratiques et la
demande de régulation. Bref, elle met le capitalisme face à ses
contradictions et les entrepreneurs devant leurs rêves ambigus :
davantage de liberté et davantage de contrôle, davantage de
transparence et davantage de secret d'entreprise.
La falsification et la contrefaçon sont pourtant depuis longtemps au
cœur de l'échange et des processus de fabrication. L'expérience
historique nous permet-elle de le vérifier ? Les mécanismes comme les
itinéraires ou les lieux de la fraude sont-ils identiques ? Les
conséquences, notamment pour les Etats, les producteurs, les
consommateurs sont-elles semblables ? Les moyens mis à la disposition
des Etats pour la combattre sont-ils du même type ou d'une autre nature
? Quelles réglementations sont mises en place, quelles actions
douanières et policières sont engagées, quelles mesures de rétorsion
sont prises par le pouvoir politique pour endiguer ce fléau ? Quels
liens entretiennent les procédures frauduleuses avec l'esprit du
système économique ? Quelles sont les limites de la contrefaçon et de
quelle manière les entreprises ou les individus sont-ils amenés à
composer avec elle ? Quel est le degré de tolérance voire d'implication
des Etats dans les mécanismes d'imitation ? Dans quelle mesure la
tromperie est-elle subie, acceptée ou revendiquée par les fabricants,
les consommateurs et les Etats ? Quels risques et effets pervers
peut-elle engendrer ? Telles sont quelques-unes des questions qui sont
au cœur du colloque organisé par l'Association Française des Historiens
Economistes avec le Comité pour l'histoire économique et financière de
la France.
Dix ateliers porteront sur : contrebande, contrefaçon et fraude
douanière ; les circuits de la contrefaçon ; la fraude dans l'art ; la
fraude sur les fabrications de monnaie ; la fraude sur les fabrications
textiles ; la fraude sur les fabrications alimentaires ; nature et
impact de la fraude dans l'entreprise moderne ; la comptabilité secrète
des entreprises ; la fraude sur les brevets ; pouvoirs publics et
organisations professionnelles dans la lutte anti-fraude. S'y ajoutera
une table ronde sur le coût de la fraude aujourd'hui.
Parmi les intervenants : Reynald Abad, Hubert Bonin, Rolande Bonnain,
Michèle Brunet, Stéphane Buzzi, Rémy Cazals, Yves Coativy, Francisco
Comin, François Crouzet, Jean-Claude Daumas, Harald Deceulaer, Francis
Démier, Martin Denoyelle, Georges Depeyrot, Raymond Descat,
Pierre-Antoine Dessaux, Laurence Fontaine, Pierre Guillaume, Jérôme
Jambu, Philippe Jobert, Jean Lorcin, Bruno Marnot, Alessandro
Stanziani, Béatrice Touchelay, Pierre Vernus. 
Lieux du colloque : Bercy (du 3 au 5 novembre), EHESS (le 6 novembre)
Date
* mercredi 03 novembre 2004 au samedi 06 novembre 2004
Contact
* Association Française des Historiens Economistes (AFHE@ehess.fr)
AFHE
EHESS
54, bd Raspail
75006 Paris
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent écrire des commentaires. Veuillez vous identifier ou vous enregistrer. Powered by AkoComment 1.0 beta 2! |